L'Iran accuse Israël et les Etats-Unis d'avoir frappé le site nucléaire de Natanz
L'Iran a accusé samedi les Etats-Unis et Israël d'avoir frappé le site nucléaire de Natanz, au moment où le pays célèbre l'Aïd, dans la quatrième semaine d'une guerre sans perspective de fin imminente.
La volonté d'éliminer la menace nucléaire iranienne est un objectif assumé par le président américain Donald Trump depuis le début de l'offensive, le 28 février.
"Suite aux attaques criminelles perpétrées par les Etats-Unis et le régime sioniste usurpateur contre notre pays, le complexe d'enrichissement de Natanz a été ciblé ce matin", a déclaré l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, précisant qu'"aucune fuite de matières radioactives n'avait été signalée" dans la zone.
Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, "informé par l'Iran" de cette frappe, a appelé "à la retenue militaire afin d'éviter tout risque d'accident nucléaire".
Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne a pour sa part dit "ne pas être au courant d'une frappe" sur Natanz.
L'Iran avait déjà accusé les Etats-Unis et Israël d'avoir frappé ce site, début mars, au début du conflit.
Les Occidentaux soupçonnent la République islamique de vouloir se doter de la bombe atomique, ce qu'elle dément.
Plus tôt, dans la nuit de vendredi à samedi, des frappes israéliennes avaient visé plusieurs quartiers de Téhéran et de sa périphérie ainsi que la grande ville d'Ispahan (centre). Des attaques dans la capitale confirmées par l'armée israélienne qui dit avoir visé "des cibles du régime".
- Foule de croyants pour l'Aïd -
La perspective d'une fin de conflit immédiate n'est pas à l'ordre du jour, Israël ayant prévenu samedi que l'intensité des frappes en Iran allait "augmenter considérablement" dans les prochains jours.
"Nous ne nous arrêterons pas tant que tous les objectifs de la guerre n'auront pas été atteints", a lancé le ministre israélien de la Défense, Israël Katz.
Et si la veille, Donald Trump avait affirmé que les Etats-Unis étaient "sur le point d'atteindre" leurs objectifs et envisagé de "réduire graduellement" les efforts militaires américains en Iran, il a aussi écarté toute idée de cessez-le-feu.
De nombreux responsables du régime iranien ont été tués au cours de ces trois semaines d'offensive israélo-américaine, à commencer par le guide suprême Ali Khamenei, au premier jour de la guerre, le 28 février.
Il a depuis été remplacé par son fils Mojtaba Khamenei, qui a affirmé vendredi dans un message écrit que "l'ennemi" avait été "vaincu".
Blessé dans une frappe, ce dernier n'est toujours pas apparu en public depuis sa nomination.
Il n'était pas présent samedi à la prière de l'Aïd à Téhéran, traditionnellement dirigée par le guide suprême de la République islamique.
Malgré le contexte, une foule de croyants s'est réunie dès l'aube pour une prière à la Grande Mosquée de l'Imam Khomeini, à Téhéran, afin de célébrer la fin du mois de ramadan dans ce pays à majorité chiite.
Des images de la télévision d'Etat montraient les alentours de la mosquée bondés et de nombreux fidèles contraints de suivre la prière de l'extérieur.
Des scènes similaires étaient observées dans d'autres villes du pays, où l'accès à Internet est très restreint.
Les Iraniens fêtent également depuis vendredi soir Norouz, le nouvel an persan qui coïncide cette année avec l'Aïd.
Les attaques israéliennes de la nuit "ont été profondément bouleversantes", témoigne Farid, un habitant de Téhéran joint par l'AFP, via la messagerie Telegram.
"L'idée que certaines personnes risquaient de mourir en pleine célébration du nouvel an était douloureuse", a-t-il ajouté.
- Renseignement irakien frappé -
La guerre s'est étendue aux monarchies du Golfe, l'Iran accusant ses voisins de permettre aux forces américaines de mener des attaques contre lui depuis leurs territoires.
Depuis le 28 février, Téhéran a lancé de nombreuses frappes de missiles et de drones visant selon lui les intérêts américains dans ces pays.
Et l'armée iranienne a averti samedi les Emirats Arabes Unis qu'elle répliquerait par "de violentes frappes" à toute attaque contre les îles du Golfe d'Abou Moussa et de Grande Tumb, contrôlées par Téhéran mais revendiquées par Abu Dhabi.
L'Irak est aussi touché: samedi, les services de renseignement irakiens ont annoncé la mort d'un officier dans une attaque de drone qui a ciblé leur quartier général, dans le centre de Bagdad.
L'attaque visait un bâtiment de télécommunications du renseignement irakien qui coopère avec des conseillers militaires américains.
De son côté, Israël a annoncé avoir lancé des frappes sur la capitale libanaise Beyrouth, visant le mouvement Hezbollah, soutenu par l'Iran.
Dans le sud du Liban, zone principale des affrontements entre Israël et le Hezbollah, au moins une personne a été tuée et deux autres blessées dans une "lourde frappe" israélienne contre une maison, selon l'Agence nationale d'information libanaise.
- La Russie, "ami fidèle" -
La guerre inquiète le monde entier pour ses répercussions sur l'économie internationale.
Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers franchissent le détroit d'Ormuz depuis que les forces iraniennes ont bloqué cette voie commerciale cruciale et les cours du pétrole flambent.
Vendredi, pour tenter de calmer cette hausse, les Etats-Unis ont autorisé la vente et la livraison de pétrole iranien se trouvant sur des navires, mais l'Iran a affirmé n'avoir aucun surplus de brut en mer.
Parmi les alliés de longue date de l'Iran, le président russe Vladimir Poutine a souhaité samedi au peuple iranien d'avoir "la force de surmonter dignement de dures épreuves", tout en soulignant que Moscou demeurait "un ami fidèle et un partenaire fiable pour Téhéran".
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