Taxer les producteurs de pétrole au niveau européen, "pas la meilleure solution", selon Roland Lescure
Le ministre de l'Economie Roland Lescure a dit n'avoir pas signé la lettre de six pays de l'UE qui réclament une taxe sur les compagnies pétrolières, car elle cible les producteurs, et notamment le français TotalEnergies, ce qui n'est "pas la meilleure solution".
"En gros, ils pointaient du doigt Total, ils pointaient du doigt les producteurs. Je pense que le sujet aujourd'hui, il est plus dans le raffinage, c'est un sujet européen. J'ai insisté pour qu'on le regarde au niveau européen et j'espère qu'on va le faire", a déclaré Roland Lescure sur France 5.
Si l'objectif "est de taxer au niveau européen une compagnie française pour que les recettes aillent à Bruxelles, avec une usine à gaz (...), je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure solution", a-t-il ajouté.
Plusieurs pays, Allemagne en tête, ont plaidé vendredi pour une taxe exceptionnelle de l'UE sur les compagnies pétrolières, dont les bénéfices ont explosé en raison de la guerre au Moyen-Orient, comme en 2022 après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Le candidat à la primaire socialiste, Raphaël Glucksmann, a accusé lundi le gouvernement de "bloquer" cette initiative, pour ne "pas heurter monsieur (Patrick) Pouyanné, PDG de TotalEnergies."
"Je n'ai pas envie d'embêter Total", a déclaré mercredi matin le ministre des PME et du Commerce, Serge Papin.
Roland Lescure a déclaré lui sur France 5 n'avoir "ni envie d'embêter Total, ni envie de faire plaisir à Total".
"J'essaie de gérer une crise qui est difficile pour les Français en accompagnant autant que possible à la fois ceux qui roulent, (...) s'assurer qu'on ait de l'essence et du pétrole. On a zéro enjeu d'approvisionnement, et c'est en grande partie parce qu'on a une major", entreprise en position dominante comme l'est TotalEnergies, a-t-il déclaré.
"Ceux qui ont signé la lettre n'ont pas de major", a relevé Roland Lescure, en référence au courrier envoyé fin août à la Commission européenne par l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche, la Pologne, le Portugal et l'Espagne pour demander une taxe sur les surprofits des compagnies pétrolières.
"Si demain vous bloquez les marges des raffineurs, ils iront vendre leur essence ailleurs. Et là on aura des vraies pénuries en France", estime le ministre français.
Actuellement, les prix dans les stations TotalEnergies sont plafonnés à 1,99 euro le litre d'essence SP95-10 et 2,25 euros le litre de gazole, alors qu'en moyenne ils s'établissaient en France respectivement à 2,16 euros et 2,40 euros, tout près du record de 2,41 euros atteint dimanche.
Ce plafonnement, réactivé au début de la guerre au Moyen-Orient, a coûté selon le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, "entre 250 et 300 millions" d'euros au groupe français, dont le bénéfice a doublé au premier semestre.
V.Kalogerakis--AN-GR