Nombre de maternités: la mission "périnatalité" critique un modèle "insoutenable"
Un rapport très attendu sur la périnatalité, commandé par le gouvernement, estime "insoutenable" le nombre actuel de maternités, et recommande de le réduire au profit notamment de nouveaux "centres de périnatalité".
Le rapport a toutefois vu la défection en cours de route de l'une des 4 personnalités invitées à le rédiger, la sage-femme libérale Eliette Bruneau, qui devait co-signer au côté des médecins hospitaliers Marie-Pierre Bonnet (anesthésiste-réanimatrice), Elsa Kermorvant(pédiatre), Loic Sentilhes (gynécologue-obstétricien).
Le rapport est trop "hospitalo-centré" au détriment de la ville, et "invisibilise" notamment "les rôles et actions des sages-femmes", a regretté Mme Bruneau, présidente de l'association nationale des sages-femmes libérales.
Selon le rapport, "le maintien d'un nombre important de maternités à faible activité mobilise des ressources humaines disproportionnées pour assurer une permanence des soins 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7", dans "un modèle (...) devenu insoutenable".
"Cette organisation exige simultanément la présence ou l'astreinte de gynécologues-obstétriciens, d'anesthésistes-réanimateurs, de pédiatres et de sages-femmes, alors même que certains de ces professionnels sont en nombre insuffisant, et ce parfois pour un volume d’activité médicale parfois faible voire très faible selon les structures", poursuit le rapport.
Pour parvenir à réviser la carte des maternités, la mission préconise de définir une règle du jeu nationale, avec pour principe directeur "la sécurité des soins".
Ce "référentiel national" pourrait notamment prendre en compte le respect des seuils minimum d'accouchements, des incidents ou accidents survenus, de l'existence de dysfonctionnements organisationnels et de critères territoriaux.
Si le nombre d'accouchement annuel est un critère "important" pour évaluer la pertinence d'une maternité, un établissement "réalisant un faible nombre d'accouchements peut demeurer indispensable dans un territoire isolé", souligne la mission.
"A l'inverse", l'existence de "plusieurs établissements de volume plus importants", mais "géographiquement proches" et "avec des difficultés chroniques" d'effectifs de soignants peut justifier "une "mutualisation", écrit-t-elle.
- Télé-expertise, transport sanitaire -
Lorsqu'une maternité ferme, elle peut être remplacée par un centre périnatal de proximité, pour "maintenir une offre de soin périnatale territoriale sécurisée", estime la mission.
Ces centres doivent pouvoir assurer tous les soins ne nécessitant pas de plateau technique obstétrical: consultations gynécologiques, d'orthogénie (contraception, IVG) et santé sexuelle, consultations spécialisées, "voire une présence continue 24h/24" avec télé-expertise vers la maternité de référence et déclenchement de transport sanitaire si besoin.
Pour favoriser leur "acceptabilité", la mission suggère qu'ils puissent être reconnus comme le lieu de naissance - même si en réalité le bébé nait dans une maternité à distance.
Ces centres de périnatalité ont été l'une des pierre d'achoppement entre Mme Bruneau et ses co-rapporteurs, a-t-elle indiqué à l'AFP.
"Je voulais que l'on dise aussi que parfois il y a une offre de ville qui existe" pour remplir ces mission, mais "cela n'a pas été possible", a-t-elle regretté.
Les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) ou les communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) peuvent avoir des projets autour de la périnatalité, a-t-elle indiqué.
Le rapport appelle par ailleurs à faire un effort financier supplémentaire pour les soins critiques néo-nataux.
Dans ce domaine, la France "affiche un taux d'encadrement infirmier très en deçà des standards internationaux", souligne-t-il.
D'une manière générale, il est possible de s'interroger sur "l'existence d'un sous-financement historique de la santé périnatale, au regard notamment des moyens consacrés à d'autres disciplines médicales et à d'autres populations", indique-t-il.
Avec 4,08 décès de nourrissons pour 1.000 naissances vivantes en 2024 -soit une augmentation en moyenne de 1% par an entre 2014 et 2024-, la France se situe au 21e rang européen de la mortalité infantile sur 27, loin des meilleurs élèves tels la Suède, la Finlande ou l'Espagne.
D.Petrou--AN-GR