L'Ukraine et la Russie d'accord pour un échange de prisonniers, pas d'autres avancées sà Abou Dhabi
L'Ukraine et la Russie se sont entendus pour procéder à un nouvel échange de prisonniers au deuxième jour de négociations à Abou Dhabi, a déclaré un émissaire américain, mais les autres dossiers en vue de mettre la fin à quatre ans de guerre semblant bloqués.
"Les délégations des États-Unis, d'Ukraine et de la Russie ont convenu d'échanger 314 prisonniers – le premier échange de ce type en cinq mois", a annoncé l'émissaire américain M. Witkoff sur son compte X.
Il a salué "des pourparlers de paix approfondis et productifs" mais a reconnu qu'il restait encore "un travail significatif à faire", sans donner de détails.
Les négociations "se poursuivent" jeudi, a indiqué de son côté Diana Davitian, porte-parole du chef de la délégation ukrainienne Roustem Oumerov.
L'invasion de l'Ukraine déclenchée par Moscou en 2022, pire conflit armé en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, a fait des dizaines, voire des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés.
Washington multiplie depuis des mois des efforts diplomatiques pour trouver une solution mais pour l'instant les seuls résultats concrets ont été plusieurs échanges de prisonniers de guerre et de corps de soldats tombés au combat.
Mercredi, la Russie a de nouveau réclamé que l'Ukraine se plie à ses exigences, renforçant les doutes sur les chances de succès des pourparlers menés sous l'impulsion du président américain, Donald Trump.
"Tant que le régime de Kiev n'aura pas pris la décision appropriée, l'opération militaire spéciale se poursuivra", a averti le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
- 55.000 soldats ukrainiens tués -
Moscou exige notamment que Kiev abandonne l'intégralité de la région de Donetsk (est), y compris les zones contrôlés par l'armée ukrainienne, en échange d'un éventuel gel de la ligne de front.
Kiev se refuse à abandonner la région, où sont situées ses principales défenses face aux assauts russes, mais craint que Washington n'appuie la position de Moscou.
D'autant que le président Trump a coupé quasiment toute l'aide militaire à Kiev depuis son arrivée à la Maison Blanche il y a un ans et, contrairement à son prédécesseur Joe Biden, se présente comme un médiateur dans ce conflit plutôt qu'un soutien de l'Ukraine.
Dans une interview diffusée par la chaîne de télévision France 2 mercredi soir, le président Zelensky a estimé que Moscou devrait sacrifier 800.000 hommes supplémentaires pour achever de conquérir militairement la région de Donetsk.
"Il leur faudra deux ans au minimum avec une progression très lente", a-t-il souligné, selon des propos traduits par la chaîne française.
M. Zelensky a toutefois reconnu que le conflit pesait également lourdement sur son pays, avec "55.000" militaires ukrainiens tués et "un grand nombre de disparus".
Selon certaines estimations, il s'agit de dizaines de milliers de soldats portés disparus et de toute vraisemblance tués.
Durant ces pourparlers, la Russie a maintenu la pression sur la population ukrainienne avec ces frappes quotidiennes.
- Attaques nocturnes russes -
Après une brève pause obtenue sur requête du président américain, Moscou a repris mardi ses frappes sur les infrastructures énergétiques du pays, entraînant des coupures de chauffage et d'électricité pour des centaines de milliers de foyers, par des températures frôlant les -20°C.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, Kiev a été à nouveau attaqué par des drones russes qui ont causé des dégâts dans plusieurs quartiers. Une femme a dû être hospitalisée, selon le maire.
A Kharkiv, deuxième ville du pays, des frappes russes ont provoqué de "dommages sérieux" à des infrastructures énergétiques jeudi entraînant l'arrêt de transports électrifiés dans certains quartiers, ont indiqué les autorités municipales.
Dans ce contexte, les Ukrainiens interrogés par l'AFP doutent qu'un accord puisse être conclu, certains allant jusqu'à déplorer une forme de mise en scène autour des négociations et estimant devoir se "préparer au pire et espérer le meilleur."
A Moscou en revanche, les Russes interrogés ont fait part de leur espoir de voir la guerre se terminer.
"Cela doit finir un jour, tout le monde en a assez", a souligné Anton, un ingénieur de 43 ans, tandis que Dmitri, 44 ans, dit souhaiter que "les drones cessent de survoler nos têtes et que les gens cessent de mourir".
O.Karatzas--AN-GR