Incendies: "les moyens ne sont plus à la hauteur des besoins", alerte une rapporteure parlementaire
Des incendies d'une ampleur sans précédent, des pompiers sous tension et une réforme de la sécurité civile toujours en attente. La députée socialiste Sophie Pantel, corapporteure, avec le LFI Damien Maudet, de deux missions parlementaires sur le sujet, estime urgent d'adapter la réponse de l'Etat à l’ampleur du changement climatique.
Elle plaide pour que les leçons de cette crise soient tirées sans attendre un nouvel été. Et, si elle temporise les critiques adressées au gouvernement sur le manque de moyens engagés ces dernières années, elle plaide pour un véritable coup d'accélérateur.
Q: Les moyens actuels sont-ils encore adaptés aux incendies auxquels la France fait face ?
R: Nos moyens étaient dimensionnés pour des feux sur le pourtour méditerranéen. Ils ne sont plus à la hauteur des besoins, les conséquences du changement climatique touchent tout le territoire national.
Il faut non seulement moderniser, renouveler le matériel aérien existant, mais aussi amplifier leur nombre et diversifier les outils de lutte.
On ne peut pas donner l'impression que rien n'aurait été fait par le gouvernement, il y a eu des renouvellements au niveau de la flotte aérienne et un doublement de la flotte louée, mais là il faut passer à la vitesse 300%.
Q: Le gouvernement prépare un projet de loi pour réformer les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) reconnaissant qu'ils sont "à bout de souffle". Qu'en est-il ?
R: On nous avait annoncé une grande loi de modernisation à la suite du Beauvau de la sécurité civile, conclu en septembre 2025. Il y a énormément d'attentes des sapeurs-pompiers.
Aujourd'hui, nous sommes en juillet 2026, et il n'y a toujours pas de loi.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez promet un examen au Sénat à l'automne. Elle pourrait arriver en février à l'Assemblée nationale.
Il faut un texte adopté avant la présidentielle pour envoyer un signal fort à ceux qui risquent leur vie pour nos concitoyens.
On ne peut pas à l'été 2027 avoir les mêmes questions à résoudre: il doit y avoir une trajectoire claire et partagée.
Avec mon collègue Damien Maudet, nous pensons que la Nation doit se doter pour l'investissement d'une loi de programmation pluriannuelle, à l'image de celle existante pour les armées car le temps industriel est un temps long.
Q: Quelles sont les priorités ?
Le financement des SDIS doit être revu, il repose très majoritairement sur les collectivités locales, la participation des communes est plafonnée, ce sont donc les départements qui sont la variable d'ajustement alors même qu’ils n’ont plus de levier fiscal et doivent assumer des dépenses non choisies.
Nous proposons de nouvelles sources de financement, notamment via une réforme de la taxe sur les conventions d'assurance (TSCA), une contribution accrue du secteur assurantiel et, dans les territoires touristiques, une taxe de séjour dédiée à la sécurité civile.
Cela permettra, au côté de l'État, de renforcer et d'amplifier les moyens matériels au sol et aérien, tout en s'inscrivant dans le cadre du programme européen RescEU, qui cofinance des appareils mis à la disposition des pays européens en cas de crise (C'est le cas de deux des Canadair commandés par la France).
En parallèle, il faut structurer la filière industrielle française ou européenne pour la sécurité civile. Le monde entier dépend d'un seul constructeur pour les bombardiers d'eau, en situation de monopole (Canadair de Havilland, au Canada), alors que les besoins vont croitre sur tous les continents. Nous devons retrouver de la souveraineté. L’État doit soutenir encore davantage des entreprises françaises (Hynaero, Kepplair...) en passant des commandes. Nous pouvons espérer le premier bombardier d'eau français à l'horizon 2029-2030.
Mais on ne fera rien sans nos 250.000 sapeurs-pompiers dont 180.000 sont volontaires. Il faut répondre à leurs attentes (retraite à améliorer) et œuvrer pour rendre le volontariat plus attractif.
Enfin, il est aussi indispensable de développer une véritable culture du risque auprès de la population, avec une sensibilisation qui doit débuter dès le plus jeune âge, relayée par l'Éducation nationale.
La prévention doit devenir une priorité, qu'on nous laisse créer des vrais coupe-feux, aujourd'hui on ne peut plus couper une branche, travaillons sur les essences d'arbres... La sécurité civile doit être une grande cause nationale, le civisme et la solidarité en Gironde montrent que si un cap est donné, les Français s'engageront.
cma/sde/abl
T.Karagounis--AN-GR