Lycées : plusieurs mineurs blessés à la suite d'interventions des forces de l'ordre
Main arrachée, perte de l'usage d'un œil, "mâchoire scellée" : plusieurs jeunes ont été gravement blessés depuis une semaine à la suite d'interventions des forces de l'ordre face aux violences en marge du mouvement de blocage des lycées.
Au moins quatre enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN, la "police des polices", pour des blessures sur mineurs, à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise), Tours (Indre-et-Loire), Argenteuil (Val-d'Oise) et Lens (Pas-de-Calais).
Deux autres enquêtes de l'IGPN sont en cours pour des faits survenus à Sevran et Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis.
La Ligue des droits de l'Homme (LDH) a dénoncé "une dérive globale par rapport à l'État de droit", lors des interventions des forces de l'ordre face aux adolescents.
Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a évoqué le bilan provisoire de 190 élèves blessés, "pour l'essentiel" à la suite "d'éléments accidentels" ou en lien "à des fauteurs de trouble et notamment des blessures par mortier" d'artifice.
Selon le dernier bilan des autorités, ce week-end, plus de 600 policiers et gendarmes ont également été blessés.
A Lens, une main arrachée
Un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée lundi matin lors d'une manifestation à Lens. Les jours de l'adolescent, hospitalisé à Lille, "ne sont pas en danger", selon le préfet du Pas-de-Calais François-Xavier Lauch.
"A l'heure où je vous parle, je ne suis pas en mesure de vous répondre si cet adolescent avait formellement récupéré une grenade qui a explosé dans sa main, ou si la grenade aurait atterri sur lui", a indiqué le procureur de Béthune, Étienne Thieffry.
Selon une source policière, l'adolescent aurait voulu ramasser une grenade de désencerclement pour la relancer et elle lui aurait explosé dans la main.
A Tours, un adolescent éborgné
Maël, un adolescent de 16 ans, blessé grièvement mercredi à la tête lors du blocus du lycée Balzac, a perdu l'usage de son œil droit, selon la procureure de Tours.
Catherine Sorita-Minard avait indiqué, à la suite des examens médico-légaux, que ses blessures étaient "compatibles avec l'impact d'une balle de défense de type LBD".
La famille du lycéen a déposé plainte pour "violences par personne dépositaire de l'autorité publique", selon le parquet.
"Nous tenons à clarifier que Maël n'a aucune implication, ni de près ni de loin, dans quelque engagement militant ou politique que ce soit", déclare sa famille dans un communiqué transmis lundi.
"Il s'agit simplement d'un adolescent qui s'est retrouvé pris dans les événements, et qui l'ont tragiquement frappé dans son intégrité physique", ajoute la famille qui précise que Maël, 16 ans, est toujours hospitalisé.
A Saint-Ouen-l'Aumône, "une mâchoire scellée"
La mère d'Eden, 14 ans, grièvement blessé il y a une semaine par un tir tendu de lanceur de grenade lacrymogène devant son lycée, a confié lundi à la presse avoir "le cœur en miettes".
"Il a la mâchoire scellée, il ne peut plus parler et il s'alimente avec une paille", a-t-elle ajouté, dénonçant les violences "immondes" infligées à son fils, qui a "toutes les dents du haut cassées" et "celles du bas, arrachées".
Sur des images vidéo, on voit trois policiers, casqués, en face-à-face avec le lycéen. L'un d'eux assène un premier coup à l'adolescent, qui lui adresse à son tour un coup de pied, avant qu'un tir de lance-grenade dans le visage ne le propulse au sol.
Les parents de cet élève de seconde au lycée professionnel Château d'Épluches s'apprêtent à porter plainte auprès du parquet de Pontoise pour tentative d'homicide volontaire.
Le Défenseur des droits s'est autosaisi de cette affaire, avait annoncé jeudi l'institution. Cette autorité administrative indépendante confirme lundi à l'AFP l'arrivée de plusieurs saisines concernant les mobilisations lycéennes.
A Argenteuil, blessure à l'oeil
Un adolescent de 16 ans a été blessé à l'oeil jeudi à la suite d'un tir de LBD sur la dalle d'Argenteuil, à proximité de deux lycées.
Des policiers ont "dû faire face (...) à deux jeunes hommes situés à une vingtaine de mètres d'eux qui avaient tiré en leur direction des mortiers" d'artifice, avait expliqué le parquet de Pontoise.
"En riposte, deux policiers porteurs de LBD" ont fait "usage de ceux-ci", avait ajouté le ministère public, qui précisait que "la description du jeune homme pris en charge par les secours semblait correspondre à celle d'un des deux individus qui avaient été impliqués".
Selon le député LFI du Val-d'Oise Paul Vannier, l'adolescent "est aujourd'hui encore hospitalisé, les médecins ne savent dire à cette heure s'il va perdre ou non l'usage de son œil".
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S.Kyriakou--AN-GR