Mexique : indignation après la fusillade mortelle sur un terrain de foot
"On ne sait plus où trouver la paix, pas même lors d'un événement sportif", déplore mardi Norma Barron, dont l'association de recherche de personnes disparues est promotrice d'un tournoi de football au Mexique, cible d'une attaque armée dimanche.
Selon les premières investigations, un règlement de comptes entre deux bandes criminelles pourrait avoir été le mobile de cette fusillade qui a fait onze morts, dont une femme et un mineur, et 10 blessés par balle, plongeant dans le deuil et la colère le petit village de Loma de Flores, dans l'Etat de Guanajuato (centre).
La journée touchait à sa fin dimanche et, sur le terrain de football de cette localité d'environ 2.000 habitants, s'achevait une manche de ce tournoi organisé pour éloigner les jeunes de la drogue et du crime organisé.
Au moins trois camionnettes avec des hommes armés de fusils d'assaut ont alors fait irruption, a raconté à l'AFP Norma Barron.
Elle se trouvait à Oaxaca (sud) pour la remise d'un corps à sa famille et n'a pas assisté au match mais, dès que la fusillade a commencé, son fils, présent sur place, l'a appelée.
"Effrayé, il me dit +ils attaquent les gens, il y a plusieurs morts, nous sommes à l'abri+", dit-elle, interviewée sur l'aire de jeux où des traces de sang sont toujours visibles dans l'herbe. Des bougies posées sur le sol ont été allumées à la mémoire des défunts.
Les voisins et les familles des victimes ont assuré que la fusillade avait duré entre 15 et 20 minutes.
- Règlement de comptes -
Parmi les personnes tuées, au moins cinq agents de sécurité chargés de la surveillance et de s'assurer que les participants au tournoi n'étaient pas armés.
Selon une source dans les services de sécurité fédéraux, qui a requis l'anonymat faute d'avoir l'autorisation de s'exprimer publiquement, ces agents étaient la cible de l'attaque car ils travaillaient pour une entreprise présumée liée au puissant Cartel Jalisco nueva generacion (CJNG).
Les assaillants, a précisé cette source, appartiendraient au cartel Santa Rosa de Lima, rival du CJNG, qui lui dispute dans cet Etat le vol de carburant, la vente de drogue au détail et l'extorsion.
"Il y a une intention claire du cartel Santa Rosa de Lima de provoquer l'arrivée des forces fédérales dans la région afin d'entraver l'activité criminelle du cartel Jalisco", a expliqué à l'AFP David Saucedo, un consultant en sécurité.
Il n'écarte pas la recherche d'un "impact" médiatique international à quelques mois du coup d'envoi au Mexique de la Coupe du monde de football 2026.
Le maire de Salamanca, César Prieto, a appelé la présidente de gauche Claudia Sheinbaum à renforcer la présence des forces fédérales.
La gouverneure d'opposition de Guanajuato, Libia Garcia, avait déjà annoncé lundi une "opération commune" des polices fédérale et locale.
Si Mme Sheinbaum s'est félicitée la semaine dernière d'un taux d'homicides au Mexique de 17,5 pour 100.000 habitants en 2025, le plus bas en une décennie, l'Etat de Guanajuato demeure l'un des plus violents de ce pays, avec un taux de 38,8 pour 100.000.
Le Mexique est frappé par une vague de violences qui a fait plus de 450.000 morts et plus de 100.000 disparus, selon les chiffres officiels, depuis le déclenchement d'une opération militaire antidrogue en décembre 2006.
F.Vasiliou--AN-GR