Trois ouragans en même temps dans le Pacifique, phénomène rare favorisé par El Niño
Trois ouragans imposants parcourent jeudi l'océan Pacifique, un phénomène simultané rare que des scientifiques attribuent au réchauffement des eaux provoqué par un épisode d'El Niño d'une intensité historique.
La tempête tropicale Marie s'est renforcée au point de devenir un ouragan tard mercredi à 600 kilomètres au large des côtes de Basse-Californie, à l'ouest du Mexique, a indiqué le Centre national des ouragans (NHC) américain.
Marie devrait encore gagner en intensité jusqu'à vendredi, selon la même source.
Ce nouvel ouragan s'ajoute à Lowell et à Karina (catégorie 4) qui progressent tous deux vers l'ouest à travers le Pacifique.
Voir trois ouragans est "assurément rare", a déclaré à l’AFP Julia Cole, climatologue à l’université du Michigan.
"Le réchauffement dû à El Niño crée une situation propice à ces tempêtes (...) Quand le Pacifique tropical est plus chaud que la normale, nous observons une hausse du nombre de tempêtes violentes", a-t-elle expliqué.
Lowell se trouvait mercredi soir légèrement plus de 700 kilomètres au sud de Hilo, à Hawaï, et "devrait rester un ouragan majeur pendant plusieurs jours", selon le NHC.
Ce dernier a averti du risque de conditions dangereuses sur certaines côtes de l'archipel que les houles générées par Lowell sont susceptibles d'entraîner.
Le NHC a souligné que ses prévisions de trajectoire et d'intensité à long terme de l'ouragan étaient "plus incertaines que d'habitude".
Hawaï se remet encore des effets de l'ouragan Lala, qui a frôlé la partie sud de la Grande Île le mois dernier, apportant des vents destructeurs et de violentes crues éclair.
Selon le NHC, Karina a pour sa part légèrement baissé d'intensité en se déplaçant vers le nord-ouest, mais devrait rester un ouragan au cours des prochains jours.
- Température record des eaux -
Les eaux chaudes fournissent leur carburant aux tempêtes, et l'impact d'El Niño sur l'atmosphère favorise l'intensification des ouragans.
Une succession comparable de quatre cyclones s'était produite en 2015, autre année marquée par un El Niño intense.
"Le système climatique s'est vraiment réchauffé depuis une vingtaine d'années," appuie Benjamin Kirtman, de l'université de Miami, soulignant que la température des eaux de surface est déjà à des niveaux quasi-record.
Selon l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA), l'El Niño de cette année a 69% de chances de devenir le plus intense jamais enregistré.
Il provoque déjà des phénomènes météorologiques extrêmes à travers le monde, alors qu'il ne devrait atteindre son pic que vers novembre.
Phénomène climatique qui se produit tous les deux à sept ans, il survient quand les vents d'est qui retiennent en temps normal les eaux chaudes dans l'ouest du Pacifique faiblissent temporairement, permettant à celles-ci de remonter à la surface et de se déplacer vers l'est.
Lorsque les températures en surface se maintiennent au-dessus de la normale pendant plusieurs mois, cela provoque plus de tempêtes au-dessus de la région, ce qui a des répercussions sur l'ensemble de l'atmosphère terrestre.
En conséquence, le climat devient plus chaud et sec dans certains endroits, et plus frais et humide dans d'autres.
Les scientifiques s'accordent à dire que le changement climatique amplifie les effets d'El Niño.
Il n'existe en revanche pas de consensus quant à savoir si le changement climatique renforce El Niño en lui-même, même si des preuves en ce sens commencent à émerger.
T.Lazarou--AN-GR