Espagne: ce que l'on sait de la catastrophe meurtrière entre deux trains
La collision entre deux trains à grande vitesse, survenue mercredi matin au sud de Madrid, a fait au moins 69 morts et une centaine de blessés, constituant la pire tragédie ferroviaire en Espagne depuis 2013 et la deuxième catastrophe de ce type en moins d'un an dans le pays.
Ce que l'on sait de l'accident.
- 8h30, panne informatique -
À 7h54, le train 6076 de la compagnie privée Iryo - filiale à 51% des chemins de fer italiens FS -, quitte la grande gare d'Atocha à Madrid avec 152 personnes à bord en direction de Séville (sud).
Quelques minutes plus tard, à 8h00, le train AVE 2080 de la compagnie nationale Renfe prend la même direction, transportant près de 400 passagers.
Les conditions météorologiques sont très bonnes sur cette ligne de train à grande vitesse, la première du genre à avoir été ouverte en Espagne, en 1992.
"Vers 8h30", selon le récit effectué par le ministre des Transports Óscar Puente, le système de signalisation LZB, qui contrôle en temps réel la vitesse et la circulation des trains à grande vitesse, tombe en panne.
Cette défaillance provoque la mise à l'arrêt de six trains se trouvant sur un tronçon de 69 kilomètres, dont les deux trains accidentés, et transfère, selon la procédure en vigueur, la gestion du trafic au centre de contrôle basé à Madrid.
- 8h36, décision "inexplicable" -
À ce moment-là, "les trains sont parfaitement localisés", malgré la panne informatique, assure Óscar Puente.¨
Pourtant, à 8h36, le centre de contrôle, "par l'intermédiaire de ses opérateurs", donne l'autorisation au train Renfe de "reprendre normalement sa marche", "dans des circonstances inexplicables", selon les termes du ministre des Transports.
Cet "ordre erroné" est donné malgré un voyant rouge imposant l'arrêt en raison de la présence du train Iryo sur la même voie, déplore le ministre.
En 17 minutes, le train parcourt 25 kilomètres.
- 8h53, collision meurtrière -
À 8h53, le train de la Renfe vient percuter "par l'arrière" le train Iryo, qui était, lui, resté à l'arrêt sur la même voie dans l'attente d'une autorisation de reprise de la circulation, explique un communiqué de l'entreprise privée.
Óscar Puente évoque "un accident véritablement invraisemblable", survenu dans une ligne droite sur la commune d'Urda.
Le ministre dit "ignorer" la vitesse à laquelle roulait le train Renfe au moment de l'impact, précisant que sur ce tronçon, celle-ci pouvait aller "jusqu'à 200 km/h".
La violence de l'impact a propulsé deux voitures du train Iryo en contrebas du talus, transformées partiellement en un amas de ferraille.
Au moins 69 personnes sont mortes et plus d'une centaine blessées, selon les autorités.
Avec ce bilan qui reste provisoire, la tragédie d'Urda est la plus grande catastrophe ferroviaire en Espagne depuis un déraillement meurtrier ayant fait 80 morts près de Saint-Jacques-de-Compostelle (nord-ouest) en 2013.
C'est la deuxième tragédie ferroviaire de l'année après l'accident d'Adamuz (sud), qui avait fait 46 morts le 18 janvier.
- Et maintenant ? -
La catastrophe d'Urda a immédiatement relancé les questions sur l'entretien du réseau national et sur la sécurité pour les passagers.
Une enquête est en cours pour évaluer les circonstances du drame, alors que les recherches se poursuivent sur place.
Sous pression à un mois des élections législatives, le Premier ministre Pedro Sánchez a réclamé jeudi "l'éclaircissement des causes" à l'origine de l'accident.
Le dirigeant socialiste a assuré que le dispositif mis en œuvre par l'État et les différentes administrations avait été déployé pour apporter "une réponse rapide, urgente et efficace", sur fond de premières critiques de l'action de l'exécutif.
Dès vendredi, à la veille du week-end prolongé de la Toussaint, la Renfe mettra en place un dispositif de "transport alternatif" entre Madrid et l'Andalousie, la circulation ferroviaire restant interrompue.
M.Dimitriou--AN-GR