Athens News - En ex-RDA, des migrants songent à déménager par crainte de l'extrême droite

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En ex-RDA, des migrants songent à déménager par crainte de l'extrême droite
En ex-RDA, des migrants songent à déménager par crainte de l'extrême droite / Photo: Jens SCHLÜTER - AFP

En ex-RDA, des migrants songent à déménager par crainte de l'extrême droite

Arrivé en Allemagne de Syrie en 2014, le cardiologue Ayman Alyoussef prévient : si l'extrême droite arrive au pouvoir en Saxe-Anhalt et attise la haine des étrangers, il quittera cette région d'ex-RDA.

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Dans une semaine, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti anti-migrants, russophile et pro-Trump, espère remporter le scrutin dans ce Land de l'est du pays, face aux conservateurs du chancelier Friedrich Merz qu'elle devance de près de vingt points dans les sondages.

L'arrivée de l'extrême droite à la tête d'une région, une première dans l'histoire de l'Allemagne d'après guerre, pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les migrants en Saxe-Anhalt : le candidat de l'AfD, Ulrich Siegmund, a promis d'expulser tous les étrangers en situation irrégulière dès son arrivée au pouvoir.

Rencontré samedi durant sdécla campagne, M. Siegmund a assuré auprès de l'AFP que son parti voulait expulser "les gens en situation irrégulière, ou ayant l'ordre de quitter le pays" tandis que "l'immigration régulière, basée sur des critères stricts, ne poserait pas de problème".

"J'ai peur que la haine des étrangers se répande. Si c'est le cas, il faudra examiner la situation. Même si, ici, nous sommes heureux", confie M. Alyoussef, installé avec son épouse et leurs enfants depuis un an dans la très pittoresque petite ville de Quedlinbourg.

"Quand je ne suis pas sur mon lieu de travail, les gens peuvent penser que je suis un étranger vivant aux crochets de la ville. Les gens disent, +on ne veut pas de lui ici+. C'est ça le problème", ajoute-t-il.

Naturalisé allemand comme toute sa famille, M. Alyoussef souligne qu'il "peut travailler partout : dans une autre région d'Allemagne, un autre pays".

- Manque de main-d'œuvre -

Depuis la réunification de l'Allemagne en 1990, la Saxe-Anhalt a perdu près d'un quart de sa population, la plus grosse saignée démographique de toute la RDA.

De ce fait, la région manque cruellement de main-d'œuvre, souvent partie à l'ouest du pays pour des emplois mieux payés.

"Aujourd'hui, pour deux personnes qui quittent le marché du travail, une seule y entre : un déficit impossible à combler avec les seuls habitants de Saxe-Anhalt et des régions voisines", répète à l'envi Sven Schulze, le candidat des conservateurs aux élections, qui défend une immigration de travail encadré.

L'AfD veut contrer cette pénurie en persuadant les Allemands travaillant à l'étranger de revenir dans leur pays et en dopant la natalité de la région.

Actuellement, le recours à la main-d'œuvre étrangère concerne quasiment tous les secteurs de l'économie.

"Statistiquement, dans une entreprise sur quatre en Saxe-Anhalt (qui compte plus de 60.000 PME), une personne issue de l'immigration y travaille", rappelle M. Schulze.

Rien que dans le domaine médical, les émigrés sont incontournables.

La chambre des médecins de Saxe-Anhalt soulignait récemment que 18,55% des professionnels en exercice sont des étrangers. "Dans beaucoup d'endroits, notamment dans les zones rurales, une couverture complète ne pourrait plus être assurée sans les collègues étrangers", affirmaient-ils dans un communiqué.

- "Problème de la relève" -

Un avis partagé par Matthias Voth, le directeur de la clinique de Quedlinbourg : "Sans nos collègues hautement qualifiés d'origine étrangère, nous ne serions pas en mesure d'agir. Je devrais fermer l'hôpital", explique-t-il à l'AFP.

Comme le souligne Matthias Herberg, patron d'un magasin de réparation informatique à Magdebourg, capitale de Saxe Anhalt, "il est difficile de trouver des professionnels qualifiés qui correspondent à nos exigences".

Dans un entretien à l'AFP, il pointe du doigt "le problème de la relève" car "les élèves ont un bien moins bon niveau qu'il y a dix ou vingt ans".

C'est par conséquent avec grande satisfaction qu'il a accueilli en apprentissage Rezwaan Talash, jeune Afghan de 24 ans, installé à Magdebourg depuis six ans. "L'informatique est ma matière préférée", confie ce dernier à l'AFP, qui estime avoir réalisé son "rêve" en obtenant cette place.

Mais comme le cardiologue Ayman Alyoussef, il s'inquiète. "Quand je pense aux élections, je m'interroge si je serais toujours aussi intégré, si ma vie sera toujours telle qu'elle est maintenant".

Et parmi les membres de l'association Afima, fondée par sa mère, qui soutient l'intégration des femmes afghanes à Magdebourg et où il fait du bénévolat, "beaucoup ont quitté la Saxe-Anhalt par crainte de l'avenir après le scrutin".

H.Kalantzis--AN-GR