Fed: le monde économique décerne un bon point à Warsh, s'interroge sur l'influence de Trump
Le chef de la Réserve fédérale américaine (Fed) Kevin Warsh a livré cette semaine la hausse des taux d'intérêt que les décideurs économiques attendaient, sans totalement rassurer sur son indépendance vis-à-vis du président Trump.
La réunion de politique monétaire qui s'est achevée mercredi était largement vue comme un test de crédibilité pour M. Warsh.
Ce dernier a pris les rênes de la banque centrale des Etats-Unis au printemps après avoir été désigné par Donald Trump, à l'origine d'une campagne de pression inédite sur l'institution, sommée de baisser les taux.
La Fed a décidé l'exact opposé en serrant la vis pour la première fois depuis l'été 2023.
L'inflation est "trop élevée, depuis trop longtemps", a justifié Kevin Warsh en conférence de presse.
Il a aussi fait savoir qu'il assumait pleinement cette décision votée à l'unanimité des membres du comité de politique monétaire. Il l'a qualifiée de "juste" et "sérieuse".
"Kevin Warsh a renforcé sa crédibilité cette semaine en montrant qu'il était prêt à relever les taux en dépit des préférences très clairement affichées" par Donald Trump, estime auprès de l'AFP David Wessel, chercheur à la Brookings Institution.
"Il a prouvé qu'il avait le coeur bien accroché en augmentant les taux d'intérêt sept semaines avant les élections de mi-mandat" aux Etats-Unis (les "midterms" le 3 novembre), abonde Michael Strain, économiste au centre de réflexion conservateur American Enterprise Institute, dans une tribune publiée par le Financial Times.
"Certains républicains, dont le président, pourraient absurdement tenter de faire porter le chapeau à la Fed en cas d'échec aux élections", redoute l'économiste, pour qui Donald Trump "représente la plus grande menace de l'histoire moderne contre l'indépendance" de la banque centrale.
- "Ingérence" -
Après le relèvement des taux, le chef de l'Etat a exposé devant la presse son amertume, jugeant que l'institution était "partisane" et cherchait à lui "nuire autant que possible".
Il a néanmoins maintenu Kevin Warsh sur un piédestal dans un contraste saisissant avec la façon dont il a pilonné l'ex-patron de la Fed Jerome Powell, qu'il avait lui-même nommé pendant son premier mandat.
Il a décrit M. Warsh comme "quelqu'un de bien".
Donald Trump a affirmé lui avoir parlé avant la réunion et dit "Fais comme tu veux" au sujet du vote, parce que sa voix n'aurait pas pesé face au comité "hostile".
"C'est le genre d'ingérence qui fait se demander si le président de la Fed est vraiment totalement indépendant", observe auprès de l'AFP Pao-Lin Tien, qui enseigne l'économie à l'université George Washington, dans la capitale américaine.
"On ne sait pas ce qui s'est dit pendant cette conversation. (...) Je doute que Warsh ait demandé à Trump la permission (de voter pour relever les taux, NDLR) mais peut-être que Trump pense la lui avoir donnée", reprend David Wessel.
La professeure Tien attend la suite pour jauger si Kevin Warsh est "quelque peu influencé par le président" ou non.
Selon elle, "l'inflation est si élevée, depuis si longtemps, que ça aurait été très difficile de justifier" cette semaine un statu quo sur les taux.
"Une seule petite hausse des taux ne dit pas grand-chose de sa volonté de lutter contre l'inflation", poursuit-elle.
La prochaine décision monétaire est programmée fin octobre, donc juste avant les "midterms" abordées avec fébrilité par la majorité présidentielle.
Dans l'intervalle, des données récentes seront publiées concernant le chômage (à 4,1% en août) et la hausse des prix (+3,7% sur un an en juillet).
"Si le chômage ne grimpe pas et que l'inflation reste élevée, alors la Fed n'aura aucune raison de ne pas relever les taux", considère Pao-Lin Tien.
Si Kevin Warsh pousse dans ce sens fin octobre, l'économiste pense qu'elle sera "un peu plus convaincue de sa capacité à résister aux pressions de la Maison Blanche".
X.Papandreou--AN-GR