Au Texas, les professionnels de l'énergie sur le qui-vive face à la guerre au Moyen-Orient
Patrons et professionnels de l'énergie ont mis en avant lundi au Texas leurs inquiétudes devant la tournure de la guerre au Moyen-Orient au début du plus grand rendez-vous mondial du secteur, où un ministre de Donald Trump a tenté de les rassurer.
"Nous traversons une période impressionnante", a résumé lors d'une conférence Luis Cabra, un des dirigeants du groupe pétrolier espagnol Repsol.
Il fait partie des milliers de participants à la CERAWeek qui se tient jusqu'à vendredi à Houston, au coeur du bassin pétrolier des Etats-Unis.
Trois semaines après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, ce forum commente abondamment l'onde de choc provoquée par la fermeture du détroit d'Ormuz et les frappes visant des sites énergétiques du Golfe.
Devant une salle comble, et malgré la spectaculaire flambée des cours mondiaux, le patron de la major pétrolière américaine Chevron, Mike Wirth, a estimé que les marchés avaient eu tendance à sous-estimer l'impact du conflit en pariant sur une résolution rapide.
"L'Asie, en particulier, fait face à de vraies inquiétudes concernant l'approvisionnement" en pétrole et produits dérivés, a-t-il remarqué.
Même après la fin du conflit, "il faudra du temps pour reconstituer les stocks", a-t-il prévenu.
A la tête du groupe français TotalEnergies, Patrick Pouyanné a quant à lui prédit des prix du gaz "très élevés d'ici l'été" si le détroit d'Ormuz ne rouvrait pas.
D'autres grands patrons ont annulé leur participation au forum texan, notamment ceux des géants nationaux saoudien (Saudi Aramco) et émirati (Adnoc). Leurs pays subissent régulièrement des frappes iraniennes.
Sultan Al Jaber, le directeur général d'Adnoc, a cependant envoyé un message vidéo pressant. Il a affirmé que le blocage de facto du détroit d'Ormuz par l'Iran relevait du "terrorisme économique contre tous les pays", prenant l'image d'une "artère" coupée.
"On ne doit laisser aucun pays prendre Ormuz en otage, ni maintenant, ni à l'avenir", a-t-il ajouté.
- "Mesures pragmatiques" -
Dès l'ouverture, dans une ambiance électrique, le ministre de l'Energie Chris Wright a tenu à souligner que le gouvernement de Donald Trump prenait des "mesures pragmatiques" pour augmenter l'offre disponible, en référence notamment à la levée partielle des sanctions sur le pétrole russe et iranien.
Les perturbations sont "temporaires", a-t-il assuré.
Engagé dans le conflit contre l'Iran au côté d'Israël, l'exécutif américain est confronté à la très impopulaire hausse des prix à la pompe à quelques mois des élections de mi-mandat.
Alors que le gouvernement Trump s'emploie à détricoter les politiques climatiques de la précédente administration démocrate, plusieurs dizaines de personnes ont manifesté devant l'immense hôtel où se déroulent nombre de conférences, à l'appel de l'ONG Texas Campaign for the Environment.
Elles portaient des revendications environnementales, bien sûr, mais pas seulement.
"Nos pensées vont à tous ceux qui souffrent de la guerre, mais aussi à ceux qui souffrent de la hausse des prix", a commenté auprès de l'AFP Chloe Torres, une manifestante de 28 ans. "Le coût de la vie ne cesse d'augmenter tandis que les salaires stagnent."
"Le pétrole est étroitement lié à la guerre. Tout cela n'est qu'une question d'argent et de cupidité", a déploré Michael Crouch, 79 ans, médecin à la retraite.
- Le Venezuela en ligne de mire -
Pour la suite de la semaine, est notamment attendue la prise de parole mardi de Maria Corina Machado, cheffe de l'opposition vénézuélienne et prix Nobel de la paix, lors d'une session sur l'"avenir du Venezuela".
Malgré ses vastes réserves d'hydrocarbures, le pays sud-américain était passé au second plan pour les acteurs de l'énergie en raison de l'embargo pétrolier américain, de la mainmise de l'Etat et d'un appareil de production en déréliction.
La capture par les Américains de l'ancien président Nicolas Maduro le 3 janvier a changé la donne: Washington lève ses sanctions, incite à investir, et compte tirer profit des ressources du pays.
"Au Venezuela, la population est ravie (...) de ce que les Etats-Unis sont en train de mettre en place", a assuré le ministre Chris Wright lundi. "La production de pétrole a déjà augmenté de 200.000 barils par jour."
O.Alexiou--AN-GR