L'UE et l'Australie célèbrent un accord qui crispe les agriculteurs européens
Après des années de négociations, l'Australie et l'Union européenne ont signé mardi à Canberra un vaste accord commercial censé dynamiser leurs échanges, mais qui provoque la colère des syndicats agricoles en Europe.
"C'est un accord gagnant-gagnant", a assuré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui vante des "avantages immédiats" pour les entreprises européennes, qui "économiseront un milliard d'euros de droits de douane".
Bousculée par la concurrence de la Chine et les taxes douanières aux Etats-Unis, l'UE mène une politique de diversification commerciale tous azimuts.
Depuis début janvier, Ursula von der Leyen a scellé trois accords successifs avec les pays latino-américains du Mercosur, l'Inde et maintenant l'Australie, "une véritable trilogie commerciale", loue-t-elle.
Les principaux syndicats agricoles d'Europe ont dénoncé au contraire les "concessions inacceptables" faites à l'Australie pour des filières sensibles comme le boeuf, la viande ovine, le sucre et le riz.
Malgré des quotas détaxés limités, ils soulignent "l'effet cumulatif" des accords commerciaux avec le Mercosur puis l'Australie. "La série noire se poursuit pour l'agriculture européenne", a déploré le Copa-Cogeca, le lobby agricole européen.
L'Australie et l'UE sont également convenus de renforcer leur coopération en matière de défense et d'améliorer l'accès européen aux minéraux critiques australiens, comme le lithium, essentiel pour fabriquer des batteries de véhicules électriques.
L'UE est aujourd'hui le troisième partenaire commercial bilatéral de l'Australie et sa deuxième source d'investissements étrangers.
"C'est un moment important pour notre nation", a souligné le Premier ministre australien Anthony Albanese.
Les entreprises européennes ont exporté 37 milliards d'euros de marchandises vers l'Australie l'année dernière, et 31 milliards d'euros de services en 2024.
- Compromis -
Les principaux points de discorde, à savoir l'utilisation par l'Australie d'appellations géographiques européennes et l'accès du boeuf australien au marché européen ont été surmontés, après huit ans de négociations.
Ce compromis permettra aux viticulteurs australiens d'utiliser le terme "prosecco" sur le marché intérieur, mais ils devront cesser de l'utiliser pour les exportations après 10 ans.
L'Australie pourra également continuer d'utiliser certaines appellations géographiques, comme "feta" et "gruyère", lorsque les producteurs utilisent ces noms depuis au moins cinq ans.
De leur côté, les constructeurs automobiles européens bénéficieront d'un accès plus grand au marché. L'Australie s'est engagée à relever le seuil de déclenchement d'une taxe actuelle sur les véhicules de luxe: environ 75% des véhicules électriques européens en seront exemptés.
Cela ouvre "des perspectives considérables" au secteur, s'est réjouie la VDA, principale fédération de l'industrie automobile allemande.
L'UE s'attend ainsi à augmenter ses exportations vers l'Australie d'un tiers au cours de la prochaine décennie, avec une hausse de 50% dans les secteurs des produits laitiers et de l'automobile.
Le quota de boeuf australien autorisé à entrer dans l'UE sera quant à lui multiplié par plus de 10 au cours de la prochaine décennie, même s'il reste bien en-deçà du niveau demandé par les agriculteurs australiens, déçus par le résultat obtenu.
Le nouveau quota, fixé à 30.600 tonnes de boeuf australien, comprendra 55% de viande détaxée et 45% bénéficiant de droits de douane réduits à 7,5%, avec une entrée en vigueur progressive.
L'UE autorisera aussi l'entrée de 25.000 tonnes de viande ovine et caprine australienne issue d'animaux nourris à l'herbe, avec une mise en place progressive sur sept ans.
L'accord doit encore être soumis aux Etats membres et au Parlement européen.
L'UE espère éviter une nouvelle levée de boucliers des agriculteurs, alors que le traité avec le Mercosur avait suscité une série de mobilisations, dont une manifestation massive à Bruxelles en décembre.
Autre secteur sensible, l'acier a été exclu de cet accord de libre-échange, alors que la sidérurgie européenne est en grande difficulté.
Les responsables européens et australiens devaient également aborder la guerre au Moyen-Orient, qui pourrait provoquer la pire crise énergétique depuis des décennies, a averti lundi le chef de l'Agence internationale de l'énergie Fatih Birol.
Ursula von der Leyen a appelé mardi à cesser immédiatement les hostilités dans la région, décrivant une situation "critique" pour l'approvisionnement énergétique dans le monde.
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H.Christodoulou--AN-GR