"Journée de Jérusalem" et déferlement de haine anti-Palestiniens dans la Vieille ville
Ils ont des airs de pré-adolescents en colonie de vacances, sauf qu'ils chantent "Mort aux Arabes" et "Que votre village brûle". En marge de la "Journée de Jérusalem" jeudi, des jeunes Israéliens déferlent dans les rues de la Vieille ville, où les Palestiniens restent cloîtrés.
La "Journée de Jérusalem" réunit chaque des dizaines de milliers d'Israéliens, défilant pour célébrer ce que les autorités présentent comme la "réunification" de la ville après la conquête et l'annexion de Jérusalem-Est à l'issue de la guerre israélo-arabe de 1967.
L'ONU ne reconnaît pas l'annexion de Jérusalem-Est, où vit une majorité de Palestiniens, et qu'elle juge "illégale" au regard du droit international.
Tous les ans depuis une dizaine d'années, une petite partie de manifestants ultranationalistes - souvent très jeunes - se défoulent à l'occasion de cette journée dans la Vieille ville, multipliant violences, crachats et attaques haineuses et racistes.
Alors dès la fin de matinée, par précaution, la plupart des petites échoppes de la Vieille ville avaient baissé leurs rideaux de fer, et les habitants palestiniens déserté les ruelles pavées.
Certains ont gardé boutique ouverte, protégés par des militants pacifistes israéliens du mouvement Standing Together, qui se sont déployés partout dans la Vieille ville pour tenter d'empêcher ces groupes d'extrême droite de "terroriser" les habitants, comme le dit à l'AFP la codirectrice du mouvement, Rula Daoud.
Sur les vidéos circulant sur les réseaux sociaux, on voit les militants se faire bousculer par un large groupe de jeunes portant des t-shirts blancs à l'effigie de Jérusalem, avant que ces derniers ne se mettent à jeter violemment des chaises en plastique en direction d'un commerçant palestinien. Puis ils poursuivent leur route en chantant "Arabes, fils de putes", pendant que le commerçant furieux balance à son tour une chaise dans leur direction.
- Que leur nom soit effacé" -
Sur d'autres vidéos, des jeunes scandent, sous le regard de policiers déployés pour assurer leur sécurité, "Mort aux Arabes" et "que vos villages brûlent", en frappant dans leurs mains ou sur les rideaux de fer des boutiques.
A quelques centaines de mètres de là, le ministre de la Sécurité nationale israélien Itamar Ben Gvir a célébré cette journée en se rendant sur le site hautement sensible de l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam, et pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme.
"59 ans après la libération de Jérusalem, j'ai hissé le drapeau d'Israël sur le mont du Temple, et on peut dire avec fierté : nous avons rétabli la souveraineté sur le mont du Temple," se réjouit sur Telegram le ministre d'extrême droite, habitué des provocations et qui vient régulièrement sur place.
En fin de matinée sur les marches de la porte de Damas, l'une des entrées de la Vieille ville, des dizaines de militants pacifistes israéliens vêtus de blanc avaient distribué des fleurs aux passants, comme pour s'excuser par avance.
Parmi eux, Ilan Perez, 52 ans, venu du centre du pays, explique vouloir montrer "une forme de solidarité avec la communauté locale".
"En tant que juif, en tant que sioniste (...) je veux qu'ils fassent partie du pays avec des droits égaux", déclare-t-il, fleurs blanches à la main.
Tout au long de la journée via la porte de Damas, les jeunes entrent par grappes, sous étroite surveillance policière. Ils chantent "Israël pour toujours", ou "Que leur nom soit effacé", "Nous n'avons pas peur d'un long chemin", en dansant pour certains bras dessus dessous.
Régulièrement, ils bousculent les militants de Standing Together, reconnaissables à leurs chasubles violettes. Certains de ces militants sont évacués par la police, sous les acclamations, applaudissements et coups de sifflet des jeunes.
Comme l'année dernière et les années d'avant, ils empêchent aussi les journalistes de travailler, plaçant leurs mains et leurs kippas devant les objectifs des caméras.
K.Michailidis--AN-GR