En Guinée-Bissau, victoire du oui au référendum pour passer à un régime présidentiel fort
Les Bissau-Guinéens ont approuvé un projet de nouvelle Constitution qui vise à passer à un régime présidentiel fort pour remplacer l'actuel système semi-parlementaire, une étape cruciale dans ce pays dirigé par une junte censée organiser le retour au pouvoir des civils début décembre.
Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l'Ouganda ou le Tchad ces dernières années, il s'agit du dernier exemple en date d'un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d'âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.
Selon ces résultats annoncés par la Commission nationale électorale du pays mardi après le dépouillement de l'ensemble des votes du référendum organisé dimanche, le oui l'emporte à "70%".
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier, veille de l'annonce prévue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives, par des militaires qui ont renversé le président sortant Umaro Sissoco Embalo et suspendu le processus électoral.
Le général Horta N'Tam, un proche de M. Embalo, a été désigné pour diriger une transition d'un an.
La présidente de la commission nationale électorale, Carmen Izaura Lobo, a qualifié le référendum de "succès" grâce au "professionnalisme" des commissions régionales et des agents déployés dans les bureaux de vote, a-t-elle dit lors d'un point de presse.
Elle s'est félicitée de la "transparence" et de la "crédibilité" selon elle du processus référendaire, qui n'a pas suscité l'engouement des votants venus en ordre dispersé à travers le pays.
- "Un seul homme" -
Ce scrutin précède de quelques mois les élections générales prévues le 6 décembre pour un retour au pouvoir des civils, dans un climat politique tendu.
L'opposition avait appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l'indépendance en 1974. Il a dénoncé l'organisation d'un référendum "dans un contexte de restriction des libertés publiques".
Le projet de nouvelle Constitution vise principalement à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort, en octroyant au chef de l'État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement.
L'objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle, en évitant les conflits entre la présidence et la Primature, qui ont miné la stabilité du pays par le passé.
Ce pays lusophone côtier d'Afrique de l'Ouest a en effet connu cinq coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance.
La nouvelle Constitution octroie au chef de l'État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement.
Elle abandonne l'ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles, comme après les législatives de 2023. Le président Embalo avait alors dissous le Parlement dominé par l'opposition en décembre 2023, à la suite de ce qu'il a présenté comme une tentative de putsch. Il avait dirigé par ordonnances jusqu'à sa destitution en novembre 2025.
Mais une partie de la classe politique et de la société civile conteste avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.
"Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie", avait récemment déclaré Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains.
E.Georgiou--AN-GR