Ursula von der Leyen reçoit Mark Carney, pour intensifier le rapprochement UE-Canada
De l'intelligence artificielle à l'énergie, l'Union européenne et le Canada entendent donner un nouvel élan à leur partenariat mercredi et jeudi au Parlement européen à Strasbourg, où le Premier ministre canadien Mark Carney sera l'invité d'honneur.
A l'occasion de son discours solennel de rentrée, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen évoquera le renforcement des relations entre Bruxelles et Ottawa, devenu d'autant plus d'actualité depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Le Canada, en pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis de Donald Trump, cherche de nouveaux partenaires. De son côté, l'Europe, dont les relations transatlantiques sont tout aussi houleuses, cherche également des appuis à sa stratégie de rééquilibrage entre les deux super puissances, Chine et Etats-Unis.
"Le monde a été un peu tumultueux ces derniers temps", a expliqué à l'AFP l'ambassadeur du Canada auprès de l'UE, Jonathan Wilkinson.
"C'est un moment important pour nous tendre la main et essayer de déterminer comment nous pouvons nous entraider mutuellement", a-t-il souligné.
Le Premier ministre canadien a évoqué cette semaine la nécessité de bâtir une "alliance unique" avec les 27, et sa visite se veut un catalyseur pour des discussions en amont d'un sommet UE-Canada prévu à Montréal à la fin octobre.
Premier chef de gouvernement à assister au discours annuel sur "l'état de l'Union européenne", M. Carney prononcera sa propre allocution au Parlement européen le lendemain.
Ballottés par les droits de douane américains et la concurrence de la Chine, Bruxelles et Ottawa cherchent à capitaliser sur un niveau de coopération déjà considérable.
Sans rentrer dans le détail des discussions avec Ottawa, un porte-parole de Commission européenne a assuré que le niveau d'ambition était "très élevé" et que Mme von der Leyen aurait quelque chose de "positif et significatif" à annoncer mercredi.
- Marge d'amélioration -
Les échanges entre l'UE et le Canada ont bondi de 80% depuis 2016, grâce à l'entrée en vigueur d'un accord de libre-échange, qui a supprimé presque tous les droits de douane. Et cette année, le Canada est devenu le premier pays non membre de l'UE à rejoindre le programme de défense européen Safe.
Il reste toutefois une marge d'amélioration. Les deux parties vont examiner les domaines "où nous avons des capacités et des besoins complémentaires", qui sont "stratégiquement importants" pour "garantir notre souveraineté", comme l'énergie, l'intelligence artificielle et les matières premières critiques et notamment les terres rares, a précisé M. Wilkinson.
Ottawa espère également conclure un accord permettant à la Banque européenne d'investissement (BEI) de financer des projets canadiens liés aux minerais stratégiques, afin de réduire la dépendance à la Chine, a encore expliqué l'ambassadeur canadien.
Il a cité, comme exemples d'accords, celui récemment conclu sur l'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) canadien vers l'Allemagne, ainsi que les investissements dans ce pays de la société canadienne d'IA Cohere.
"Il s'agit en fait d'accélérer ce travail", a préconisé M. Wilkinson.
Parmi les pistes, une application entière de l'accord de libre-échange. Dix pays de l'UE, dont la France, l'Italie et la Pologne, n'ont pas encore ratifié cet accord, en partie en raison de l'opposition d'agriculteurs locaux.
Cela en limite la portée, les dispositions relatives à la protection des investissements et au règlement des différends restant pour l'instant lettre morte.
Des eurodéputés appellent également à des inititiatives pour promouvoir cet accord auprès des petites et moyennes entreprises, qui ne tirent pas encore pleinement parti de ses avantages.
En outre, des discussions sont en cours pour assouplir les règles sur la mobilité de la main-d'œuvre et augmenter les échanges d'étudiants via Erasmus, le très populaire programme de l'UE.
Il est également question que le Canada contribue au prêt de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine, en participant à des projets de défense en faveur de l'Ukraine. "Nous cherchons en réalité à aller au-delà d'une simple relation de libre-échange, à approfondir cette relation dans tous les domaines", a assuré l'ambassadeur canadien.
T.Karagounis--AN-GR