Elections en Israël: l'opposition devant Netanyahu, mais sans majorité
Le bloc de l'opposition au Premier ministre Benjamin Netanyahu est arrivé mardi légèrement en tête mais pas assez pour former un gouvernement à l'issue d'élections législatives marquées par une forte mobilisation et une poussée des partis arabes.
Les Israéliens ont massivement pris part à ce scrutin, le premier depuis le 7-Octobre, avec un taux de participation de 77,7%, au plus haut depuis 1999.
Selon les sondages à la sortie des urnes des chaînes de télévision 11, 12 et 13, le "bloc du changement" emmené par le centriste Gadi Eisenkot devrait récolter environ 52 sièges sur les 120 que compte la Knesset, loin de la majorité de 61 députés pour pouvoir former un gouvernement.
La coalition sortante de droite et d'extrême droite de Benjamin Netanyahu est elle créditée de 50 députés. La formation du Premier ministre, le Likoud, reste le premier parti avec 24 ou 25 sièges (contre 32 précédemment), devant le Yashar de M. Eisenkot.
L'autre fait marquant de la soirée est la poussée spectaculaire des deux listes arabes israéliennes, Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche), qui s'imposent comme de possibles faiseurs de rois avec 17 ou 18 sièges estimés.
M. Eisenkot a qualifié ces premières estimations de désaveu "complet" pour le Premier ministre sortant, tandis que son allié Yaïr Lapid y a vu une "défaite écrasante".
Mais si M. Netanyahu sort ébranlé de ce vote, la situation ressemble pour l'instant à une impasse, souligne Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Bar-Ilan.
"Netanyahu n'a aucun moyen de former un gouvernement" et le bloc de M. Eisenkot devra "soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire", deux options jusque-là rejetées par le camp de l'opposition, dit-elle.
"Si Netanyahu a perdu, cela ne signifie pas qu'Eisenkot a gagné", estime aussi Gideon Rahat, politologue à l'Université hébraïque de Jérusalem.
Le Premier ministre n'a pas réagi dans l'immédiat, mais son ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a qualifié de "prématurées" les "célébrations" de l'opposition.
- Besoin d'"alliances inédites" -
De fait, dans la salle réservée par le Likoud pour la soirée électorale, l'ambiance n'est pas si lugubre.
Elie Pieprz, 53 ans, se dit même "très optimiste", et mise sur le vote des quelque 600.000 soldats et réservistes, qui mettent plus de temps à être comptés, pour gonfler le score du parti.
Et en cas d'échec, comme cela est arrivé plusieurs fois dans l'histoire d'Israël, il faudra retourner aux urnes.
"Pour former un gouvernement, il faudra briser les règles et les normes établies, en forgeant des alliances inédites", souligne Yaheli Lifshitz, un étudiant venu célébrer la performance de Gadi Eisenkot au siège de son parti à Tel-Aviv, où les estimations ont été accueillies aux cris de "Bibi (surnom de Netanyahu) rentre chez toi !".
Cela veut dire "soit faire venir quelqu'un" de l'actuelle coalition gouvernementale, soit "travailler avec les partis arabes", dit-il.
La Commission électorale va commencer à publier progressivement les résultats officiels dans la nuit de mardi à mercredi, un processus qui pourrait durer plusieurs jours.
- "Du changement" -
Le tableau indécis qui se dessine pour l'instant est l'image de la polarisation du pays, qui s'est renforcée depuis les attaques du 7 octobre 2023 dont l'ombre a plané sur le scrutin.
Les élections interviennent sur fond de critiques internationales croissantes contre la conduite de la guerre à Gaza, ainsi que les violences et l'expansion des colonies en Cisjordanie occupée, sous le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël.
Les résultats sont scrutés dans le monde entier, alors que M. multiplie de nouveau les menaces contre l'Iran au risque d'aggraver un conflit dont les répercussions se font sentir bien au-delà du Moyen-Orient.
Face à l'impasse, l'une des clés pour atteindre une majorité gouvernementale pourrait être la minorité arabe israélienne, qui constitue près de 20% de la population et se dit discriminée comme jamais.
"Je veux du changement", a affirmé Asia Egbaria, étudiante en droit de 23 ans, en votant à Oum al-Fahm, ville majoritairement arabe du nord. "Je ne veux plus être traitée comme une citoyenne de deuxième ou de troisième classe. Je veux juste vivre en paix et sereinement".
C'est d'ailleurs sur cette minorité que M. Netanyahu a concentré ses attaques pendant sa campagne, en accusant mardi le parti Raam de vouloir "voler l'élection", après l'arrestation de trois hommes avec des enveloppes remplies d'argent liquide.
Les autorités électorales ont évoqué un "cas isolé", et M. Eisenkot l'a accusé de "préparer le terrain" à une possible contestation des résultats.
K.Lykoudis--AN-GR