Tennis: Elena Rybakina, une force tranquille et impénétrable
Elle est aussi explosive raquette en main qu'impénétrable pour ses adversaires et les journalistes: lauréate samedi à l'US Open de son troisième titre en Grand Chelem, la nouvelle N.1 mondiale Elena Rybakina est une des figures les plus insondables du circuit.
Sur le court, "on ne peut jamais voir ce qu'elle ressent", témoigne Coco Gauff (4e), sa victime en demi-finale à New York.
"Bien sûr, elle est humaine, donc elle ressent sûrement de la nervosité ou d'autres choses qu'on éprouve toutes. Mais on ne sait pas à quel point cela l'affecte, et c'est sa force", la complimente l'Américaine.
"Je passe par beaucoup d'émotions mais j'essaie de les cacher", confirme l'intéressée. "Je n'ai pas envie que mon adversaire s'aperçoive de ma frustration quand quelque chose ne va pas", poursuit Rybakina, qui s'en prend tout de même parfois à son clan en bord de court.
En dehors du circuit, "je suis plutôt calme mais je sais être drôle avec mes proches", assure la native de Moscou, qui a choisi en 2018 de représenter le Kazakhstan, un pays lui offrant davantage de soutien sportif et financier que la Russie.
"Il va falloir que je lui apprenne à bien célébrer", plaisantait la Tunisienne Ons Jabeur, battue par une Rybakina à la joie contenue en finale de Wimbledon en 2022.
- Coach omniprésent -
Devant les micros, le flegme habituel de la nouvelle patronne du circuit se fissure quand on la presse de questions sur ses relations avec son entraîneur Stefano Vukov.
Leur collaboration s'était arrêtée à l'été 2024 mais le coach croate aurait ensuite "inondé" le téléphone de Rybakina "de textos et de plus de 100 appels" pour qu'elle refasse appel à ses services, selon le média américain The Athletic.
Suspendu plus de six mois par la WTA en 2025 pour avoir enfreint le code de conduite du circuit féminin, Vukov a officiellement réintégré l'équipe de Rybakina dès la levée de la sanction en août.
En pratique, il avait continué à la conseiller à distance même pendant sa suspension.
"Vukov sera toujours là, Elena et lui sont très liés", affirmait l'éphémère entraîneur de Rybakina Davide Sanguinetti dans une interview accordée en février 2025 à La Gazzetta dello Sport.
"Stefano et moi échangeons beaucoup. Ce n'est pas un problème d'être deux" pour entraîner la joueuse, confiait alors sans détour l'Italien.
"Je n'ai jamais eu aucun problème avec" Vukov, a martelé Rybakina, jurant n'avoir subi aucun "mauvais traitement" de son entraîneur et refusant de poser avec la patronne de la WTA Portia Archer après son sacre au prestigieux Masters de Ryad en novembre 2025.
- "Investie à 100%" -
"Quand j'étais enfant, je jouais au tennis pour le plaisir avec des amis, après l'école. Je ne m'imaginais jamais devenir professionnelle", a raconté Rybakina à New York.
"C'est à 17 ans que j'ai choisi d'en faire une profession, et à partir de ce moment, j'ai commencé à croire que je pouvais bien m'en sortir", a-t-elle ajouté.
Désormais lauréate de quatorze titres dont les WTA 1000 d'Indian Wells (dur) et de Rome (terre battue), la finaliste malheureuse de l'Open d'Australie 2023 jugeait cette année-là "pouvoir jouer sur toutes les surfaces" avec son redoutable service et la pluie de coups gagnants qu'elle décoche dans ses bons jours.
Joueuse la plus prolifique en aces du circuit en 2020 et en 2025 du haut de son mètre 84, Rybakina a aussi "beaucoup amélioré son jeu de fond de court ces dernières années", a souligné jeudi sa nouvelle dauphine Aryna Sabalenka.
"Même quand tu la breakes, ce n'est pas comme si elle était super mauvaise au retour", expliquait à l'Open d'Australie la N.3 mondiale Jessica Pegula.
"Généralement, elle joue de meilleurs jeux de retour juste après avoir été breakée et tu dois repartir de zéro et lui prendre à nouveau son service, ce qui est impossible", soupirait Pegula, éliminée par Rybakina en demi-finales à Melbourne.
"C'est une fille formidable, elle écoute beaucoup ce qu'on lui dit et c'est très rare, à mon sens", saluait Stefano Vukov début 2023. "Elle est investie à 100% dans ce qu'elle fait."
Q.Papadatos--AN-GR