Euro d'athlétisme: le bronze au bout de l'effort pour le marcheur Aurélien Quinion
Sans réaliser ce qui lui arrivait, le marcheur français Aurélien Quinion a décroché samedi dans les rues de Birmingham le bronze européen sur le marathon marche (42,195 km), une première médaille internationale qu'il convoitait depuis des années.
"Ça y est, je l'ai cette médaille. C'est ma première", a-t-il réagi en zone mixte, la voix tremblante et les yeux embués qui ne quittaient pas la médaille accrochée à son cou.
"Je suis passé du radiateur du fond de la classe et là je commence à être parmi les bons élèves. Je rentre enfin parmi ces athlètes forts qui ont des médailles", a-t-il encore ajouté.
Après des années à courir - ou plutôt à marcher - après, le jardinier francilien de 33 ans décroche enfin un premier podium international, lui qui avait terminé 9e du 20 km marche aux JO de Paris quelques heures seulement après la naissance de son fils et avait décroché deux places de finaliste aux Mondiaux-2025 à Tokyo (4e sur le 20 km, 5e sur le 35 km).
Quatrième à un kilomètre de l'arrivée, Quinion a arraché le bronze grâce aux quatre minutes de pénalité infligées au Hongrois Bence Venyercsan qui était devant lui (finalement 6e). Plus très lucide après près de trois heures d'effort (2h 59:29), il n'a visiblement pas compris qu'il était médaillé en franchissant l'arrivée.
- "Je ne comprends rien" -
"C'était compliqué, tout le monde me parle, on me dit: +fais ci, fais ça, va là-bas, ralentis, je ne comprends rien à ce qu'il se passe", a-t-il raconté.
"C'est dur, c'est un marathon, je pense que des millions de personnes peuvent se reconnaître", a ajouté le Français, le semi et le marathon ayant remplacé depuis cette année les habituels 20 km et 35 km marche pour donner plus de visibilité à la discipline en l'alignant aux distances du running.
En zone mixte, le désormais médaillé européen avait le dos bien éraflé - la faute à une griffure de sa compatriote Clémence Beretta qui s'est rattrapée à lui en trébuchant lors de la course - et beaucoup de mal à se remettre de son effort éreintant.
"Cardiaquement, je ne suis pas très haut mais physiquement les jambes prennent trop cher", encore plus sur un parcours compliqué avec du dénivelé et des pavé, a-t-il réagi.
"Je prends une claque quand même parce que je vois (Massimo) Stano qui fait le show pendant toute la course ! Il y en a pour qui c'est la balade du dimanche", a-t-il plaisanté à propos du vainqueur italien du jour (2h 56:49).
Au bout de lui-même, Quinion apporte à la France une septième médaille sur ces championnats d'Europe et la première médaille internationale pour la marche française depuis la légende de la discipline Yohann Diniz, champion du monde du 50 km en 2017.
- "Sur la planète Mars !"
"C'est spécial. Ça fait des années que je cherche une médaille. Maintenant que je l'ai, je rêve de l'or", a-t-il soufflé, le regard toujours rivé sur sa médaille.
"Il sera peut-être un peu déçu de ne pas avoir l'or mais moi, je suis très fier du coach", a souri le jeune Martin Madeline-Degy, 14e samedi et qui est entraîné par Quinion toute l'année.
"On s'envoyait des petits regards pendant la course", a-t-il raconté. "Mais au bout d'un moment, je voyais bien qu'il était dans la lune ! Enfin, dans la lune... Non, il était sur la planète Mars!"
Quinion parachève une matinée qui a montré la bonne forme de la marche française, la délégation tricolore comptant cinq finalistes de plus à ces championnats d'Europe après les épreuves de marche.
Sur le semi-marathon femmes, Pauline Stey a fini au pied du podium devant Ana Delahaie (6e) et Clémence Beretta (7e). Sur marathon femmes, Camille Moutard est 8e.
"Elle est rapide, la marche française !", a salué Quinion.
S.Kyriakou--AN-GR